• Olivier (Greenman)
    Olivier (Greenman)
    2015-09-17

    J'aime mais je ne suis pas d'accord, la technologie peut nous apporter beaucoup, l'important est de savoir ce qu'on en fait et comment on l'utilise!

    En l'occurrence, la recherche étant financée par les croissancistes, ses trouvailles sont industrialisées et mises en pratique selon le bon vouloir des financeurs, qui ne souhaitent rarement autre chose qu'un retour sur investissement avec intérêt svp. (Voir Monsanto, pour l'enfouissement des études qui ne leur plaisent pas etc...)

    La technologie pourrait être un facteur d'évolution, mais financés par des gens qui croient en l'économie actuelle et donc qui adhèrent implicitement au fait qu'elle soit déconnectée des ressources qu'elle consomme et des déchets qu'elle génère, elle ne permet que de faire perdurer la situation.

    Le rôle de la publicité, notamment niveau de la recherche en neuro-science, n'est pas négligeable non plus. Plutôt que d'amener une compréhension à tous et à toutes de comment nous fonctionnons, les résultats sont appliqués par qq'uns pour passer sous la ligne de flottaison du cerveau (voir M.Desmurget - TV Lobotomie) du plus grand nombre en vue de profits toujours délétères pour notre bonne vieille Terre.

    Je fais le même constat ici que sur bien d'autre sujet, la recherche ne doit pas avoir sa source de financement dans les fonds privés, ou alors sans que les fonds privés ai un droit de regard sur le contenu et la finalité de la recherche. Pour qu'elle soit facteur d'évolution, elle doit être démocratique et indépendante.

    Si l'on prend le cas des Bisphénol en temps que perturbateur endocrinien, leur effet se révèle et affecte plusieurs générations consécutives. Dès la prise de conscience de ce risque (perturbateur endocrinien), nous aurions du reprendre tout à zéro dans nos processus de validation et d'autorisation, mais aujourd'hui ce n'est pas compatible avec le marché, donc on corrompt, on fait du lobbying, on détourne la recherche pour passer outre "ces freins" qu'une science en conscience imposerait.

    Malheureusement en informant pas ou peu, en bloquant par des système d'abonnements hors de prix l'accès aux magazines de publication scientifique, on écarte le public, on ne lui montre le résultat que bien emballé, dans une présentation-publique-juge-et-partie de 15-20s (la publicité...) déconnectée de ses réalités de conceptions, de ressources utilisées et de déchets générés. Le produit de technologie se pare alors des mêmes atours que l'économie qui le rend possible.

    Et dans ce cas, OUI, je suis d'accord la technologie entrave l'évolution, mais c'est parce qu'actuellement elle est quasiment uniquement au service des intérêts privés dans un paradigme économique déconnecté de la réalité des ressources disponibles.

    Par exemple, on pourrait fixer des règles qui interdisent la production de bien si la technologie de recyclage correspondant n'existe pas déjà (plutot que faire payer une éco-taxe de $*%!), et/ou interdire la mise sur le marché d'un produit chimique synthétique si il n'y a pas d'étude long terme (20-30 ans) par des instituts de recherche parfaitement indépendant, etc etc...

    PS : J'ai été bien prolifique sur le sujet ^^, désolé du pavé! J'insiste, ceci est mon point de vue personnel, je vais pas avoir le temps de me relire et de corriger certaines formulations qui auraient pu paraître péremptoire, ce n'est pas le but, ce n'est que mon humble avis!

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  • Globulle Cdw
    Globulle Cdw
    2015-09-17

    @Olivier (Greenman) : je confesse avoir ne pas avoir lu l'article, mais je rebondis sur ce que tu dis, à savoir en résumé « la technique n'est pas mauvaise en soi, elle dépend de la manière dont on la dirige ». Le fait est, comme l'a montré Jacques Ellul il y a déjà 50 ans, que la Technique est devenue dans nos sociétés un processus autonome. Plus personne n'a le moindre pouvoir sur elle. Tout ce qui est techniquement faisable, se réalise tôt ou tard, malgré les freins idéologiques ou les principes qu'on aurait pu avoir auparavant. Je n'ai pas le temps de développer ici cette pensée complexe, mais je la crois profondément vraie. Il est illusoire aujourd'hui de vouloir réorienter la technique, et dans la plupart des domaines on peut facilement montrer, même si c'est dur à admettre pour les techno-béats que nous sommes tous un peu, qu'elle crée plus de problèmes qu'elle n'en résout (chaque problème est résolu par une « solution » technique, qui elle même pose de nouvelles questions, et ainsi de suite...). Tout ce qu'on peut faire, c'est la désacraliser autant que possible, la faire tomber de son piédestal où nous l'avons logée, pour sortir de cette aliénation.

    Je conçois volontiers qu'en quelques lignes c'est dur à avaler, voire c'est incompréhensible, mais j'aurais essayé. :-)
    Quelques développements sur ce thème ici par exemple : http://www.technologos.fr/textes/jacques_ellul.php

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  • patient13@framasphere.org
    patient13@framasphere.org
    2015-09-17

    Je n vois pas comment on passe de la critique du capitalisme à celle de la technologie. Ce n'est pas une manière de punir le valet pour éviter de blâmer son maître, ça?

    @Globulle: ironiquement, le fatalisme de Jacques Ellul participe de la sacralisation de la technique ^^ Ellul était un philosophe d'une rare finesse d'analyse (on pourrait dire qu'il a théorisé la technique-reine comme Marx avait théorisé le capitalisme), mais c'était aussi un théologien pour qui hors jesus, point de salut. Du coup, on ne lutte pas contre la technique, on se contente de lui retirer son caractère sacré pour le rendre au vrai sacré. Et on peut garder nos heilphones, alleluia

    Autre problème: il n'a apparemment jamais fait la distinction entre technique autonome et technologie. La technologie, ce n'est pas simplement la tekhnè, c'est aussi le logos: un discours rationnel et critique extrapolant la simple technique pour l'amener à un niveau supérieur. Et on voit bien qu'avec la technologie, on est plus "la tête dans l'engrenage", il y a un espace de réflexion qui s'ouvre

    Etant donné que le bonhomme était loin d'être con, je pense que cet oubli ou cet impensée est volontaire: il faut que la technique soit totalitaire, aliénante et sans espoir pour que l'espoir vienne d'ailleurs, alleluia bis

    Et bien sur, reporter toute la faute sur la technique évacue progressivement les problèmes de rapports de classe, ce qui pour un marxiste convaincu (parce que Ellul était chrétien et marxiste, et oui) est à la limite de l'hérésie. Ou alors, un moyen de concilier foi et conscience politique: la technique devient le rapport de classe dominant, l'assimile

    Enfin bref, Ellul est sans doute plus compétent pour parler du monde moderne que la plupart des "experts" du moment, mais il pose plus les bonnes questions qu'il ne donne des réponses

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  • Globulle Cdw
    Globulle Cdw
    2015-09-17

    Je suis content de voir que je ne suis pas seul à connaître ce personnage. Je crains cependant que nous n'ayons pas la même lecture. Vous lui faites un procès d'intention bien injuste, en transformant son oeuvre en un prosélytisme patenté qui ne colle absolument pas au personnage. Je crois que vous ne vous êtes pas assez intéressé au versant théologique, pour le coup (sur le sacré, voir La subversion du christianisme, formidable leçon d'histoire et belle claque pour les croyants de tous bords). S'il affirme la technique aliénante, ce n'est pas pour embellir par contraste autre chose à côté, mais bien parce qu'il le pensait (et l'a démontré). Il est d'ailleurs loin d'être le seul à tenir ce propos (cf le site que j'ai mentionné: Illich, Arendt, Anders...). Pourquoi lui prêter des positions qu'il n'a jamais, à ma connaissance, tenues ? Ensuite non, il n'était pas marxiste, mais spécialiste du marxisme (cf les très vives critiques qu'il affirme ça et là à l'endroit de Marx et de ses suivants), ce qui est bien différent. J'espère qu'encore aujourd'hui il est possible d'admettre qu'on puisse connaître un sujet sans plaider pour sa cause.

    on ne lutte pas contre la technique, on se contente de lui retirer son caractère sacré pour le rendre au vrai sacré. Et on peut garder nos heilphones, alleluia

    Peut-être que la fin de mon commentaire était maladroite, mais c'est exagérer le propos. Son combat (il me semble) n'a pas été de dire qu'il ne faut pas se battre contre la Technique, mais que ce combat été vain. En gros : on peut le mener, c'est bien, c'est beau, mais on s'épuise pour rien. Le combat est d'abord d'ordre intellectuel, en remettant en cause le dogme du Progrès et de la Technique salvatrice. Tant que ce paradigme n'est pas tombé, on ne sera pas en mesure de s'émanciper. Ce me semble parfaitement en adéquation avec ce que j'observe aujourd'hui.

    Je ne suis pas sur d'avoir bien compris votre paragraphe sur la distinction technique/technologie. Pour Ellul, ce qu'il appelle Technique (avec un grand T) est une définition bien plus large que ce que le mot courant « technique » sous entend, et je crois pouvoir affirmer que la technologie y est facilement englobée. En fait, on peut le résumer par la formule « La recherche en toutes choses de la méthode absolument la plus efficace ». Toute la technologie répond à ce paradigme, il me semble. Dire qu'on aurait évolué, en quelque sorte, si c'est votre propos, et qu'on serait désormais libre de penser les choses comme on l'entend est à mon avis un dangereux mirage. Internet nous donne sans doute accès à plus d'information qu'à l'époque des bibliothèques, sans doute, oui. Sommes-nous plus libres de penser pour autant ? Prenons-nous ne serait-ce que le temps de penser ? J'ai de très sérieux doutes, et je pense qu'il avait très finement vu les choses, même sur les problématiques de l'information, que son oeuvre aborde également bien en avance sur son époque.

    Je vous rejoins cependant : il pose plus de questions qu'il ne donne les réponses, et c'est d'ailleurs là tout son mérite. :-)

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  • Passager120 Journal
    Passager120 Journal
    2015-09-18

    A t-on besoin de la technologie pour être heureux et progresser personnellement et/ou en groupe ?
    Comme le dit la chanson : "Il en faut peu pour être heureux."

    La technologie ne me poserait pas de problème si elle était 100% biodégradable et 100% renouvelable dans sa conception et dans l'énergie qu'elle consomme et si enfin elle se constituait dans un univers local et commun dans le respect de la nature et de l'humain...

    On est très loin de cela et surtout on perd à l'esprit : pourquoi sommes nous vivant sur Terre ? Pour vivre et trouver l'harmonie ? Ou pour consommer le confort "personnel" technologique qui détruit à l'échelle du monde bien plus quelle ne construit dans le même temps...

    Consommer la technologie ou "incarcérer" sa vie à travers elle, est-ce vivre ?

    A mon sens la technologie c'est une forme confort pas vraiment le bonheur, le progrès technologique nous éloigne du bonheur simple et vivant de l'autre qui souvent est lui-même souvent s'enferme dans le règne technologique, les yeux rivés sur l'écran, les oreilles occupées par les écouteurs. Je ne parle même pas de la perception de l'environnement et de la nature à jamais disparue.

    La technologie fait souvent le lit confortable des autistes contemporains hyper-communicants qui courent comme le lapin blanc d'Alice, après le temps.

    La vraie aventure n'est pas la technologie et son progrès destructeur sans fin, la véritable aventure, la source du bonheur c'est l'amour... c'est l'autre.

    Il reste donc au progrès technologie de nous inventer "l'autre" pour parfaire notre autisme et ne plus nous confronter à la dangereuse altérité véritable, source de tous les maux pour nos égoïsmes sans limite. Oui le progrès technologie peu tout guérir ! Il suffit d'y croire et surtout de payer... pendant que l'illusion fait foi, puisque le progrès technologique est aussi la dernière religion en date patentée.

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  • Olivier (Greenman)
    Olivier (Greenman)
    2015-09-18

    Mmh, après lecture du texte sur Ellul, il apparaît que j'ai une vision de la technique plus proche de celle décrite par Simondon, un autre visionnaire et contemporain d'Ellul, dans Du mode d'existence des objet technique, ce qui explique en partie nos différences de point de vue.

    Je me refuse à considérer la Technique comme indépendante, autonome au sens que lui donne Ellul, comme je considère comme absurde notre économie coupée des réalités et je persiste même dans l'idée que si le progrès technologique suit un court passablement anarchique depuis le début du XXème siècle, c'est qu'il est, la plupart du temps, assujetti à cette économie...

    A l'instar du code du développeur pour le virtuel, un objet technique est la concrétisation physique d'une pensée, d'un raisonnement humain. Sous ce jour, il me parait difficile de considérer alors l'évolution technologique comme indépendante ou autonome dans le système. Rajouter un piston au moteur à explosion n'est qu'une variation de l'idée initial du moteur à explosion, point de nouvel objet technique dans ce moteur (que la publicité nous proposerait comme une "révolution"). Sous ce jour, le progrès technique du XXème siècle, si il est bien plus important que ceux des siècles précédents, il est bien moindre que l'image que l'on s'en fait, car nombre de révolutions techniques ne sont que des améliorations de techniques pré-existantes.

    Un exemple informatique est celui du disque dur, personnellement j'en ai connu deux en tant objets techniques différents, le disque magnétique à bras (HDD) et plus récemment les disques SSD. Malgré l'évolution du disque HDD de qq Mo à plusieurs To reste le même objet technique, la seule évolution technique en terme de stockage sur ces 20 dernières années vient du SSD (et encore, la technique de stockage d'information du SSD n'a rien de nouveau, ce n'est qu'une grosse clé USB avec une connectique qui permet un accès plus rapide au support de stockage).

    C'est là que, pour moi, le bât blesse, le mercantilisme à tout va (et sa propagande) nous (a) fait perdre de vue ce qu'est l'objet technique, maintenant un flou entre les nouveaux objets techniques et les améliorations d'objets techniques pré-existants, entretenant par omission le caractère magique des progrès technologiques, et par là le scientisme dogmatique et la sacralisation du progrès.

    La croissance étant la norme économique, l'objectif à atteindre, on ne prend plus le temps d'optimiser et on fait passer pour des nouveautés techniques les moindres optimisations d'objets techniques pré-existants.

    Il me semble que dans le cas de la France c'est cette pression mercantile qui nous a fait franchir le pas du nucléaire dans les années 50, qui nous a fait adopter les centrales à fission nucléaire : impossible d'attendre, il fallait produire et on avait besoin d'énergie, faisait fi des déchets et des risques, la fusion étant une promesse trop lointaine, nous trouverons une solutions pour les déchets.
    Ahah, on l'attend encore! (Sans compter que le choix d'une production énergétique très centralisée est largement discutable ;) ). Et on se retrouve avec des technos immatures produites et utilisés à grande échelle avec les conséquences que l'on commence à voir.

    Bref, personnellement, j'aime bien cette vision de l'objet technique qu'à Simondon, elle permet justement de ne pas (trop) se faire piéger par l'aspect magique de la technologie et du progrès. C'est une des manières que j'ai de résister aux sirènes (au sens de l'Odyssée) consuméristes et du progrès dévoyé qu'elles nous proposent.
    Mais, et là je vous rejoints entièrement, il est indéniable que leur seule existence est une source de distraction fort dommageable pour nos relations sociales et nos besoins d'introspection!

    Sur ce, je vous souhaite un bon appétit :)

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  • Globulle Cdw
    Globulle Cdw
    2015-09-18

    Je ne connais Simondon qu'à travers les notes de bas de page d'Ellul, où ce dernier revient souvent sur certains aspects qu'il avance et qui ne paraissent pas suffisants à Ellul (mais je pense que s'il s'y réfère, c'est que leurs pensées sont proches !). Ce n'est donc pas assez pour me faire une idée objective de sa pensée.

    En attendant, l'exemple du nucléaire est justement pour moi une incroyable manifestation de cette autonomie du fait Technique. Comment un tel truc a-t-il pu être mis en place sans le consentement des peuples, sans les garanties scientifiques nécessaires, et avec tant de questions encore irrésolues ? Cette grille de lecture selon laquelle la Technique avance comme un rouleau compresseur contre lequel ni les Etats, ni les technocrates, et encore moins les peuples ne peuvent/veulent faire quoi que ce soit, me paraît décidément solide. Les améliorations constantes de produits comme le disque dur ou le moteur thermique sont aussi une belle illustration : jamais on ne se pose la question du bien fondé de la chose, le processus suit simplement son cours : puisque le disque dur/moteur existe, on l'améliore, on le grossit, on le rend plus efficace. Et puis quand les limites physiques sont atteintes, on bascule sur une autre technologie (SSD/pile à combustible) qui fait changer l'objet de nom, mais il s'agit en réalité de l'exacte prolongation du même processus. Toujours plus loin, toujours plus efficace. Quoiqu'il en coûte, quoiqu'on en retire. A aucun moment on ne prend du recul pour interroger le besoin, remettre en cause cette marche (est-ce qu'il faut vraiment continuer de rouler en voiture ? est-ce qu'on a vraiment besoin d'entasser toujours plus de données ?). Il n'en a pourtant pas toujours été ainsi : un certain nombres d'objets ont été perfectionnés jusqu'à un état unanimement jugé satisfaisant, qui demeure d'ailleurs depuis : on peut citer le cas des instruments de musique (or électronique), dont certains pourtant relativement complexes comme le violon. Y a-t-il aujourd'hui un seul objet qui ne soit pas le lieu de perfectionnements divers et constants?

    « La recherche en toutes choses de la méthode absolument la plus efficace », qu'il disait.

    Même les relations humaines n'échappent plus à cet axiome. Même l'art ou l'amour aujourd'hui deviennent techniques. Même la Vie elle-même, par les « miracles » du transhumanisme (ou de ses cousins qui ne disent pas leur nom) entre désormais dans une logique de perfectionnement technique. Il y a de quoi trembler. On en viendrait presque à se réjouir que les ressources se raréfient.

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  • Olivier (Greenman)
    Olivier (Greenman)
    2015-09-18

    Alors, la Technique d'Ellul inclurais le système économique qui l'entraîne dans sa fuite en avant croissanciste, ce qui ne m'étonne guère si j'ai bien compris la définition qu'il donne à la Technique.
    Intéressant que de regarder à quel point technique et système économique sont intriquées finalement, je l'avais pas vu comme ça, ça va me faire réfléchir!

    J'aime ces discussions où l'on a le sentiment de sortir moins bête qu'à l'arrivée :)

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  • Globulle Cdw
    Globulle Cdw
    2015-09-19

    ^^
    Oui. Pour Ellul, la Technique est le facteur déterminant de notre société humaine, comme l'était la lutte des classes pour Marx. La politique ou l'économie y sont asservies (ce dont il ne me semble pas très difficile de se convaincre, en regardant par exemple la dépendance de la finance aux supercalculateurs, ou l'asservissement de nos politiques à un système médiatique ultra-réactif).

    Je viens de relire le paragraphe Wikipedia de la page d'Ellul consacré à la Technique, il est très bien fait. Morceaux choisis:

    « dans l'État capitaliste, l'homme est moins opprimé par les puissances financières que par un idéal bourgeois de confort, de sécurité et d'assurance. [...] C'est cet idéal qui donne leur importance aux puissances financières ».

    L'homme ne pouvant s'empêcher de sacraliser son environnement, ce n'est plus la nature qu'il sacralise mais ce par quoi il a désacralisé, profané et même pollué celle-ci : la technique. Et les conséquences de ce « transfert » ne sont pas seulement environnementales, elles sont aussi psychologiques et se traduisent par des comportements de dépendance à l'égard de la technique (que l'on qualifiera plus tard d'addiction). Et cela d'autant plus que, se considérant comme « adulte » par rapport aux périodes du passé, il refuse d'admettre qu'il sacralise quoi que ce soit.

    L'idée ellulienne que la technique, ne cessant de s'auto-accroître, substitue ses propres valeurs (le travail, l'utilité, l'efficacité, la croissance économique, le progrès...) à toutes celles du passé, qu'elles soient chrétiennes (amour du prochain), humanistes (morale) ou républicaines (liberté, égalité, fraternité)... cette idée ne s'imposera pas du vivant de son promoteur. À fortiori quand il affirme que « le capitalisme est une réalité déjà historiquement dépassée. Il peut bien durer un siècle encore, cela n'a pas d'intérêt historique. Ce qui est nouveau, significatif et déterminant, c'est la technique », sa position reste presque inaudible.

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