• Badacadabra
    Badacadabra
    2020-12-21

    « Il est possible de vivre dans le respect de l’environnement sans pour autant baisser son niveau de vie. »

    Ça, malheureusement, je ne crois pas... En l'occurrence, dans les pays du Nord. L'article ne mentionne pas le lien étroit entre PIB et énergie. Pourtant c'est l'une des clés de compréhension du problème (le niveau de vie n'étant rien d'autre que le PIB/habitant, qu'on retrouve d'ailleurs dans l'équation de Kaya). Jean-Marc Jancovici en parle très bien. En outre, si on voulait respecter l'Accord de Paris sur le climat, il faudrait l'équivalent d'un coronavirus supplémentaire chaque année pour une baisse suffisante des émissions de gaz à effet de serre. Est-ce que ça vous semble réalisable sans une grosse mise au régime ?

    Dans votre texte, vous dénoncez les petits gestes écologiques et vous avez bien raison car le problème n'est pas vraiment là. Ce n'est pas en pissant sous la douche ou en utilisant du dentifrice bio qu'on va sauver quoi que ce soit. Je ne dis pas que c'est inutile, mais que c'est dérisoire par rapport à l'ampleur du problème qui se situe au cœur de notre système industrialiste, productiviste, travailliste et consumériste.

    À propos de la biodiversité, il me semble qu'elle s'effondre surtout à cause de l'expansionnisme moderne de notre espèce, comme le dit d'ailleurs Aurélien Barrau. Non seulement nous sommes de plus en plus nombreux, mais de surcroît, nous avons un mode de vie de plus en plus prédateur et gourmand en ressources d'un point de vue macro (en dépit des gains de productivité réalisés à l'échelle micro). La destruction des lieux naturels par un processus d'artificialisation sans fin fait que la vie sauvage recule à une vitesse vertigineuse.

    Dernier point : les énergies renouvelables ne constituent pas une solution durable. Je vous renvoie notamment aux travaux de Philippe Bihouix et Guillaume Pitron sur la question des métaux ou, plus fondamentalement, aux thèses radicales de DGR. Vous pouvez aussi regarder Planet of the Humans de Jeff Gibbs.

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  • Socialisme libertaire ★
    Socialisme libertaire ★
    2020-12-21

    @Badacadabra

    Perso nous sommes partisans, car inéluctable, d'une décroissance libertaire.

    Cet article ne se veut pas exhaustif et reflète un point de vue louable mais, effectivement, il ne va pas assez loin...

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  • Badacadabra
    Badacadabra
    2020-12-21

    La décroissance libertaire est un projet très intéressant, effectivement. Toute la difficulté maintenant, c'est de rendre ça tangible. Car la décroissance, aujourd'hui, est une idée largement minoritaire dans l'opinion publique. Elle est pratiquée à l'échelle individuelle par certains au travers de la simplicité volontaire, mais elle n'est pas encore appliquée à l'échelle systémique. Ma conviction, c'est que la décroissance ne sera pas choisie, malheureusement. On va plutôt subir une récession/dépression de grande ampleur qui risque fort de nous conduire vers un monde en tension permanente. C'est triste à dire, mais de nos jours, j'ai l'impression que c'est la consommation qui achète la paix civile. C'est comme un shot de dopamine qui permet d'oublier temporairement le tourment de nos existences vides de sens. Donc si demain on met tout le monde au régime, ça risque de créer quelques troubles... Néanmoins je reste attaché à la décroissance car elle nous renvoie à ce que nous enseigne la philosophie depuis plus de deux millénaires. La sagesse n'est pas dans l'hybris : elle réside dans la tempérance. Pour l'avenir, il va falloir apprendre à se fixer des limites.

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  • Socialisme libertaire ★
    Socialisme libertaire ★
    2020-12-21

    Tout à fait, il vaudra mieux pour tout le monde --car inéluctable-- une décroissance choisie que subie : sortir du capitalisme, du croissancisme, du consumérisme, de l'industrialisme à outrance...

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  • Ours noir
    Ours noir
    2020-12-21

    Une décroissance subie n'est pas une décroissance (par essence choisie) mais un récession.

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  • Socialisme libertaire ★
    Socialisme libertaire ★
    2020-12-21

    @Ours Noir ...oui, nous sommes bien d'accord ;-) mais ces termes, loin du jargon des économistes, sont très utilisés dans les milieux écologistes et spécialement chez les objecteurs de croissance.

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  • Socialisme libertaire ★
    Socialisme libertaire ★
    2020-12-21

    " Un objecteur de croissance préfère la décroissance voulue. Il récuse la décroissance subie, celle que nous prépare un capitalisme avide. La décroissance, c’est l’austérité, mais une austérité qui doit, pour être acceptée, s’accompagner d’une limitation drastique des inégalités de revenus et de modes de vie. Ceux qui pratiquent la simplicité volonté et la sobriété énergétique sont des précurseurs qu’il nous faudra imiter un jour ou l’autre, de gré ou de force. " Paul Ariès

    Nota bene : cela ne signifie nullement que nous sommes d'accord avec tout ce que dit Ariès...

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  • Badacadabra
    Badacadabra
    2020-12-21

    La « décroissance subie », c'est Jean-Marc Jancovici qui en parle. Et je trouve que ça crée une confusion énorme autour du concept. Quand les écologistes défendent la décroissance, ils ne défendent pas la récession dans un système capitaliste, mais bien un système alternatif reposant sur un nouveau paradigme. C'est pour ça que j'essaie moi-même de ne pas parler de « décroissance subie », même si je suis pas mal influencé par Jancovici (donc il m'arrive de déraper sur ce point). Pour Serge Latouche, Paul Ariès ou Vincent Liegey, la décroissance est un projet de société qui ne peut qu'être choisi. C'est d'ailleurs un projet positif, libérateur et créateur de lien social. Le problème, c'est qu'il est souvent mal compris à cause du terme « décroissance », qui laisse penser qu'on parle de la « croissance négative » sans rien changer par ailleurs. Moi c'est un terme que j'aime bien car il a le mérite de dynamiter l'imaginaire productivo-consumériste. C'est aussi un terme provocateur difficilement récupérable par le capitalisme. Mais ça reste, il faut le dire, ambigu.

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  • Denis
    Denis
    2020-12-22

    @Badacadabra
    Janco est un sacré confusionniste qui sous couvert de défendre la décroissance est un lobbyiste très actif du nucléaire.

    https://www.revuesilence.net/numeros/490-Sur-le-sentier-des-herboristes/jean-marc-jancovici-une-propagande-pronucleaire-a-demasquer

    Or on doit reconnaître au nucléaire, source d'énergie centralisée, chère, dangereuse et sale contrairement aux arguments des pronucléaires,la faculté de produire une énergie électrique importante. C'est cet avantage qui permet de maintenir l'illusion d'une société capitaliste d'abondance dont la survie ne dépend que de sa croissance, aujourd'hui suspendue au développement totalement fou du numérique.
    Janco est donc un type (mais pas le seul) intellectuellement malhonnête.

    Il faut réellement changer notre société, la faire sortir du capitalisme ,et promouvoir une société des communs pour aller vers une décroissance forte et réelle.
    Le changement climatique est qu'on le veuille ou non, engagé et irréversible. Il va engendrer de tels bouleversements dans les années à venir que compter sur une société centralisée et technologique (fragile comme un géant au pieds d'argile) pour nous en sortir est un leurre.

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  • Badacadabra
    Badacadabra
    2020-12-22

    Janco ne défend pas vraiment la décroissance et ce terme n'a pas du tout le même sens chez lui que chez Serge Latouche. JMJ constate ce qu'il appelle la « contraction énergétique » et qui s'avère inéluctable sur « une planète qui fait 13 000 km de diamètre ». Pour lui, la décroissance, c'est surtout un truc qu'on va subir de force ou qu'on peut essayer d'organiser un minimum (en partie grâce au nucléaire). Mais dans tous les cas, toujours selon lui, ça ne sera pas une partie de plaisir. Janco nous dit que le nucléaire est un « amortisseur de la décroissance », pour la simple et bonne raison qu'il va nous éviter de retourner trop violemment deux siècles en arrière avec bientôt 8 milliards de personnes sur Terre. Certes, le nucléaire est une source d'énergie centralisée, mais qu'est-ce que vous suggérez à la place ? Que chacun ait sa petite éolienne dans son jardin ? D'un point de vue purement intellectuel, je trouve ça très séduisant, sinon je ne serais pas sur diaspora*. D'un point de vue pratique, je ne suis pas sûr que ce modèle fonctionne immédiatement, compte tenu de l'hyperconcentration des gens dans les villes (et au passage, malgré l'existence de diaspora*, tout le monde est encore sur Facebook...). Le nucléaire est une source d'énergie sale, c'est vrai, mais c'est la même chose pour toutes les autres sources d'énergie ; y compris l'éolien et le solaire. En tout cas, ce n'est pas plus sale ni plus dangereux que le charbon qui tue bien plus de personnes chaque année à cause de la pollution de l'air. Finalement, l'approche la plus radicale, qui est d'ailleurs celle de DGR, c'est de dire que nous n'avons pas besoin d'électricité. Et c'est là que j'ai tendance à décrocher car, même si j'ai bien conscience des dégâts écologiques de la production électrique, je pense que c'est utopique de penser que tout va bien se passer pour nous si on fait tomber le réseau. Imaginez la France des années 2000 sans électricité... Moi j'y vois de la violence, de la misère et une mortalité qui explose. La décroissance libertaire est un idéal à atteindre, tout comme l'autonomie. Cela dit, nous vivons plus ou moins tous encore dans la Matrice et ça ne va pas être facile de se débrancher.

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